Chronique : Euphoria – Build A Better Dystopia (de Jamey Stegmaier)


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Dans un futur dystopique, une nouvelle caste d’élites tentent de prendre le pouvoir de la cité d’Euphoria en gagnant les soutiens des 4 grandes factions qui divisent la ville. Avec l’aide de leurs ouvriers et de leurs spécialistes, ils œuvrent dans le plus grand secret, espérant changer la face du monde. Pour le meilleur ?

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Le Gameplay.
Attention gros morceau. Vous expliquer le gameplay d’Euphoria de manière compréhensible est un challenge que je relève avec fébrilité. Commençons par le commencement. Euphoria est un jeu de placement d’ouvriers de 2 à 6 joueurs (plutôt 6 que 2 à mon avis) dont les parties durent à peu près 90 min. Le petit twist sympa provient des ouvriers qui sont en faite des dés ! La valeur de chaque dé représente leur niveau d’intelligence. Votre objectif est d’être le premier à placer vos 10 étoiles d’influence sur les différents emplacements du plateau de jeu. Pour y arriver, vous avez sous votre contrôle 2 ouvriers (sous forme de dé), 1 spécialiste convaincu (sous forme de carte), connu des autres joueurs qui vous offre un pouvoir durant tout le jeu et 1 spécialiste qui doit être convaincu et qui reste face caché en début de partie. Vous devrez aussi gérer une jauge de lucidité qui représente l’intelligence collective de vos ouvriers et une jauge de moral qui vous indique le nombre de cartes artefacts que vous avez le droit d’avoir en main à la fin de votre tour.
A chaque tour seulement 2 actions sont possibles : placer un ouvrier, payer le coût de cet action et en récupérer les bénéfices OU récupérer le nombre d’ouvriers qui vous convient. Lorsque c’est le cas, vous devez relancer tous les dés récupérés et vérifier que leur somme plus votre valeur de lucidité n’atteint pas 16 ou plus. Si c’est le cas, un de vos ouvriers se rend compte du monde cruel dans lequel il vit et préfère mettre fin à ses jours… Vous perdez un dé quoi. Lorsque vous récupérez vos dés, vous pouvez payer une ressource afin de garder le moral de votre équipe haut ou bien ne rien payer, il descendra alors en flèche, vous empêchant ainsi de posséder de nombreux artefacts (qui comme on le sait, sont une source de joie pour tout le monde). Petite exception sympa, si vous démarrez le tour avec plusieurs ouvriers de valeur égale, vous pouvez tous les jouer dans le même tour !
Vos ouvriers peuvent être placés n’importe où sur le plateau de jeu afin de récupérer des matériaux (energie, eau, nourriture et… drogue), ou pour récupérer des ressources (or, argile et pierre) et artefacts (objets oubliés de l’ancien monde) à condition de les payer avec vos matériaux.
Chaque matériau est associé à une des grandes factions du jeu qui en garde le contrôle plus ou moins jalousement et chacune de ses factions se trouvent dans une partie bien précise de la cité. j’ai nommé les Euphorians (énergie, la ville), les Wastelanders (nourriture, les champs), les subterans (eau, les sous-sols) ou les Icarites (drogue, le ciel). De même chaque ressource peut être collectée en creusant dans un camp précis (or chez les Euphorians, argile chez les wastelanders, pierre chez les subterans). Les artefacts sont disponibles un peu partout mais avec un petit avantage aux Icarites qui, isolé du reste de la cité de part leur position géographique, les conservent égoïstement au beau milieu des nuages.
Il est bien sûr possible d’activer de nouveaux ouvriers (dans la limite de 4 au total, parce qu’après il n’y a plus de dé de votre couleur). Vous avez le choix entre le choc électrique « lobotomisateur » afin de l’abrutir un peu (réduction de votre jauge de lucidité) ou le saut d’eau fraiche pleine face afin qu’il retrouve ses esprits (augmentation de la jauge de moral).
Chaque camp accueille aussi plusieurs marchés qui vont vous permettre de placer vos étoiles contre un certain coût dans les différents territoires. 3 types de marchés s’offrent a vous. Les marchés d’artefact qui vous demande de payer votre tribut grâce à vos artefacts. Les marchés qui demandent à être construit (collaborativement si possible) en payant des ressources avant de dévoiler les coûts à payer pour arriver à vos fins (placer des étoiles… Y’en a qui suivent encore ?). Ces marchés peuvent se retourner contre vous en installant une pénalité pour tous ceux qui auraient refuser de participer à l’effort de constructions. Les icarites ne faisant rien comme les autres, ont la chance d’avoir des marchés pré-construits. C’est ce qui leur permet de compenser l’absence de tunnel pour récupérer des ressources et des artefacts.
Enfin, vous devez gérer vos alliances grâce aux pistes d’allégeance de chaque faction. En faisant monter ces pistes, (toujours à l’aide de vos ouvriers) vous gagnez des bonus en matériaux, ressources et artefacts liés à la faction qui vous soutient et vous pouvez convaincre votre 2ème spécialiste (qui est toujours face caché, je vous le rappelle) afin de bénéficier de son pouvoir et de ses bonus à lui aussi.
Sachez aussi (et ce n’est pas anecdotique) qu’il vous est possible de faire des échanges de matériaux, ressources ou artefacts librement pendant votre tour.
Voila. C’était le gameplay d’Euphoria. Je me doute bien que personne n’a rien compris mais c’est maintenant que ça devient bien !

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Le Feeling.
Juste un mot sur le matos impeccable de cette version Kickstarter avant de parler du jeu en lui même. Graphiquement, le jeu est vraiment agréable à regarder et donne envie. On note une petite erreur d’ergonomie sur le tunnel Euphorian qui aurait du être jaune mais une fois que l’on sait, cela ne pose plus de problème. Les biens sont splendides avec des matériaux en bois taillé pour le thème (énergie en forme d’éclair, eau en forme de goutte, etc) et des ressources carrément en résine avec là aussi des formes très adéquate (lingots d’or, brique d’argile, etc). Le jackpot touché sur Kickstarter a permis de faire plaisir à tous les backers avec une version deluxe vraiment top ! Aux dernières nouvelles, la version retail devrait être pas mal non plus mais il faut forcément s’attendre à quelques « downgrade ». Passons au jeu en lui même. Comme vous avez pu le constater, Euphoria n’est pas très simple à expliquer. Et pourtant la première sensation que l’on ressent, c’est la fluidité. Le tour de jeu passe en un clin d’œil même à 6 joueurs, tout se passe très vite et c’est de nouveau à vous de jouer. Malgré cette qualité indéniable, lors des premières parties, je vous avoue avoir été un peu circonspect et m’être posé beaucoup de questions. quelle stratégie utiliser ? comment contrer un adversaire ?  Que vient faire une mécanique d’échange de biens dans un tel jeu ? Et puis, au bout de quelques parties, j’ai eu un déclic !
Le jeu ne propose en fait que 2 grandes stratégies mais avec une infinité de variations entre les 2. La première (et la plus évidente) est de jouer tout seul dans son coin. On est alors tenté d’aller chercher les artefacts chez les Icarites puis de les dépenser dans les marchés d’artefact pour poser ses étoiles, c’est la voie la plus rapide, surtout si vous avez un spécialiste icarite qui va vous encourager dans cette voie. Sauf que, les autres ne vont sans doute pas l’entendre de cette oreille. Et c’est la qu’intervient la deuxième grande stratégie du jeu : la collaboration. Lorsqu’un joueur s’échappe au score, les autres joueurs doivent s’arranger entre eux pour construire un marché à leur avantage (d’où les échanges de biens). Un joueur trop occupé à récolter des artefacts et à jouer dans son coin va alors subir la fameuse pénalité du marché construit. Ces pénalités peuvent s’avérer très handicapantes et oblige le joueur isolé à changer de stratégie et donc à perdre du temps.
Cette notion de collaboration comprise, le jeu ouvre une infinité de possibilités faite de promesses et de trahisons qui lui donne toute sa saveur. C’est assez drôle de voir que les jeux préférés de Jamey Stegmaier, l’auteur d’Euphoria, sont Agricola (placement d’ouvrier), Aliens Frontiers (Placement d’ouvrier qui sont déjà des dés) et Pandemic (coopération). On ressent donc fortement les influences mais Euphoria reste un jeu original avec sa propre ambiance et un feeling de gameplay très particulier.

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Le hasard s’en mêle.
Et si Jamey semble apprécier les jeux à l’Allemande, il nous rappelle aussi qu’il est américain et qu’un « bon » jeu américain doit aussi laisser sa petite part de hasard. Euphoria accumule donc pas mal de mécaniques où la chance aura son rôle à jouer. D’abord vous pouvez jouer dans le même tour tous vos ouvriers qui ont la même valeur, forcément ceux qui tireront le plus de double ou triple (voir de quadruple?) pourront jouer plus que les autres, donc prendre de l’avance. Si vous n’avez pas de chance à la relance, vous risquez en contrepartie de dépasser le fameux seuil de 16 qui vous fera perdre un dé. C’est du temps de perdu pour aller le récupérer. A noter cependant qu’il est possible de gérer sa main de dés afin de maximiser ses chances d’avoir des chiffres de même valeur sans dépasser le fameux seuil de 16. Mais un joueur qui prend tous les risques et qui a de la réussite dans ce domaine aura vite fait de vous énerver ! Autre règle qui laisse sa place au hasard : les marchés d’artefact vous échange 3 artefacts quelconques contre une étoile OU 2 artefacts identiques contre cette même étoile. La pioche des cartes a donc son importance. La encore la gestion de la jauge de moral, vous donne accès à plus de cartes artefacts et donc à plus de paires potentielles, mais il n’y a rien de plus énervant que d’avoir un maximum de cartes artefacts en main et ne pas réussir à associer des paires alors que votre voisin tire toujours 2 cartes identiques.
Si les tuiles Marché, assez nombreuses dans la boite vont renouveler les parties, elles peuvent aussi provoquer quelques oscillations chaotiques pas forcément du goût de tout le monde. Certaines pénalités peuvent s’avérer ultra handicapantes pour un joueur alors qu’un autre s’accommodera plutôt pas mal du contexte. Enfin, les pouvoirs des spécialistes sont vraiment très différents les uns des autres. Il y en a qui avantage le début de partie et d’autres plutôt la fin, l’idéal étant d’en avoir un de chaque afin de garder un bon momentum tout au long du jeu… Sauf qu’encore une fois le hasard peut avoir son rôle à jouer lors de la distribution des cartes. Contre cela, une règle de draft peut être introduite afin d’équilibrer les choix de chacun. Vu le nombre de spécialistes présents dans la boite, il va vous falloir un grand nombre de partie avant d’être capable d’assumer ce genre de choix. A réserver aux experts uniquement donc.

Conclusion.
Attention, malgré ses qualités de fluidité évidentes, Euphoria reste un jeu pas si facile à appréhender. L’explication des règles peut virer au cauchemar si vous vous y prenez mal et je vous conseille de suivre les conseils de Jamey himself.
Même les règles ingérées, il m’a fallu quelques parties avant d’en saisir les subtilités et je ne suis d’ailleurs pas sûr de ne pas continuer à découvrir des tactiques de jeux innovantes. Ce qui peut être pris comme un défaut si vous aimez tilter tout de suite ou comme une qualité si vous appréciez la profondeur dans le gameplay. Dernière mise en garde, même si de nombreux mécanismes sont là pour la limiter, la chance peut aussi faire basculer une partie dans un sens ou dans l’autre. A vous de voir si ça vous pose un problème ou pas.
Pour ma part, je retiens surtout l’originalité du jeu, sa grande souplesse stratégique, son mélange improbable de collaboration/trahison, de placement d’ouvriers et de prise de risque. Euphoria est un jeu à la saveur vraiment particulière.

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